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“Religiosités intensives, rigorismes et radicalités” (2017-2020) Projet ANR RIGORAL


ACTUALITE


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L’équipe RIGORAL


- Coordinatrice scientifique et responsable du pôle Sociologie, Anne-Sophie LAMINE, PR, UdS, SAGE
- Coordinatrice adjointe, Claire DONNET, Post-doc, sociologue, UdS, SAGE
- Responsable du pôle Analyse vidéo, Cécile BOËX, MCF, politiste, EHESS, CéSor
- Responsable du pôle Psychologie, Patricia COTTI, MCF HdR, UdS, SuLiSoM
- Responsable du pôle Travail social, Bruno MICHON, Chargé de recherche, ESTES
- Analyse des motifs religieux et de leur formalisation, Hichem FEKIR, sociologue et islamologue, UdS, SAGE
- Analyse des mécanismes portant à investir une vision radicale de la religion, Charles ETIENNE, psychologue, UdS, SuLiSoM


En France, 12000 cas de radicalisation signalés


En février 2017, le fichier de traitement des signalés pour la prévention et la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT), créé par décret en mars 2015, comptait 11 820 signalements, collectés soit de manière centralisée par l’intermédiaire du « numéro vert », soit par les états-majors de sécurité départementaux préfectoraux. Les services de renseignements sont alors chargés d’évaluer le degré de radicalisation et le niveau de dangerosité des personnes signalées.

En cas de « radicalisation avérée » une prise de contact est réalisée par un service participant aux cellules départementales de suivi de la radicalisation et d’accompagnement des familles (instaurées par l’instruction du 29 avril 2014) afin de lutter contre « l’engagement radical violent. Une grille d’indicateurs de basculement dans la radicalisation, élaborée de façon interministérielle par le SG-CIPDR (Secrétariat général du Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation), est désormais uniformément employée par les écoutants de la plateforme téléphonique aussi bien que par les services de renseignement et les préfectures au niveau territorial. La réponse étatique à ce phénomène comporte aussi un volet préventif de lutte contre la radicalisation.

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Crédit photo Flickr : Erstwhile.Human


Tous radicaux ? De la nécessité de distinguer religions intensive, rigorisme et radicalité.


Alors que certains jeunes sont réellement dans un type de croyance radicale les menant à justifier l’action violente, beaucoup d’autres sont dans une croyance intensive, souvent rigoriste, mais ne justifient aucunement cette violence.

Si la détection et la prise en charge des premiers est une difficulté réelle et un enjeu de poids pour la société, il n’en reste pas moins que la distinction entre les personnes potentiellement disposées à la violence (ou du moins à son approbation) et celles qui recherchent simplement une voie religieuse ascétique — dont la forte intensité est souvent temporaire — au sortir de l’adolescence est un enjeu à la fois scientifique et social auquel l’équipe du projet RIGORAL entend contribuer, en plus d’une analyse des ressources et processus d’intensification rigoriste et de radicalisation en tant que tels.


Comprendre les dynamiques d’engagements convictionnels


En effet, si la compréhension et l’analyse de la dynamique d’engagement convictionnel des individus sont cruciales, celles des réponses institutionnelles apportées le sont tout autant. Elles permettent d’une part d’appréhender la construction de soi en interaction avec son environnement, et souvent en différenciation, et d’autre part, elles permettent de contribuer à une réflexion sur l’accompagnement et la prise en charge la plus adéquate de ces jeunes personnes.

Si le terme de croyance recouvre des significations plurielles en sociologie des religions, des recherches ont mis en évidence l’importance de prendre en considération le caractère discontinu et fluctuant du croire (par ex. celles d’Albert Piette) ainsi que la compatibilité entre religion intensive et reconnaissance citoyenne de l’altérité (par ex. celles de Jeanette Jouili). La radicalisation religieuse apparaîtrait alors comme la négation de la possibilité du croyant à négocier et à ajuster ses croyances, de même qu’à les interroger ou en relever les contradictions.


Questionner la notion de « radicalisation »


Ce phénomène de « radicalisation » sans précédent interroge donc la définition sociologique de la notion mais demande aussi un travail critique d’analyse des réponses mises en place à l’échelle nationale et locale. La notion de « radicalisation » s’offre à nous sous un double aspect : à la fois catégorie de pratique et catégorie d’analyse, son maniement scientifique demande aux chercheurs en sciences humaines des précautions supplémentaires.

L’expérience sociale dans laquelle elle émerge doit se distinguer clairement du concept mobilisé par les chercheurs, construit à distance de l’expérience et dans le but de son intelligibilité.

Afin d’éclairer les enjeux sociaux qui se tissent aujourd’hui autour de la compréhension de la radicalisation religieuse de jeunes français, notre équipe se propose de travailler à la fois sur le rigorisme religieux et sur la radicalisation, et ce de manière interdisciplinaire (chercheur-e-s en sciences sociales et en psychologie) alliant des compétences en sociologie, anthropologie, sciences politiques, analyse filmique, psychanalyse, psychopathologie clinique, langue arabe et islamologie.

Nous partons de ces définitions (provisoires) pour amorcer ce travail de recherche, mais elles sont susceptibles d’être largement modifiées. Le rigorisme correspond à des positions religieuses plus ou moins fondamentalistes, intransigeantes, et en opposition avec la société majoritaire (Makrides). La radicalisation religieuse, quant à elle, se comprend « comme l’adoption progressive et évolutive d’une pensée rigide, vérité absolue et non négociable, dont la logique structure la vision du monde des acteurs, qui usent pour la faire entendre de répertoires d’actions violents (…) qui les isolent des référents sociaux ordinaires et leur renvoient une projection grandiose d’eux-mêmes (Crettiez) ».

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Une double entrée : rigorisme et radicalisation pour distinguer intensité et intransigeantisme


La double entrée - rigorisme et radicalisation - nous semble indispensable à trois titres.

• D’abord car elle doit mener à comprendre comment s’articulent des rapports plus ou moins intensifs au religieux à des rapports plus ou moins (in)transigeants à la société, l’intensif pouvant s’avérer transigeant et le non-intensif intransigeant.

• Ensuite parce qu’une connaissance plus fine de la distinction entre rigorisme et début de radicalisation est une nécessité criante pour toutes les professions impliquées dans la prévention de la radicalisation, faute de quoi l’accompagnement peut s’avérer contreproductif, soit en sous-estimant le risque de radicalisation, soit en refusant de reconnaître une dimension significative de l’expérience vécue, alors qu’elle est un appui potentiel de (re)construction de soi.

• Enfin parce que dans la connaissance ordinaire, le religieux intensif est inaudible, considéré comme forcément intransigeant et souvent mis hors équivalence, en le rabattant sur une revendication politique (jour de congé pour une fête) et comme un sas vers la radicalisation.

Pourtant, de nombreuses recherches montrent que les identités religieuses fortes vont souvent de pair avec une « citoyenneté éthique » et un souci du monde (Jouili), ce qui peut s’expliquer psychologiquement par le fait qu’un engagement fort peut assurer une certaine sécurité devant des approches différentes (Pargament). Des études sur le croire montrent l’importance de prendre en compte les idéaux des acteurs, l’étendue de leur intersubjectivité et de leur vision du bien commun (Lamine).


Une équipe interdisciplinaire


L’interdisciplinarité est donc nécessaire pour analyser ce qui distingue un processus de radicalisation violente d’un processus d’entrée dans l’intensité ou le rigorisme religieux.

Il existe certes un ensemble (hétéroclite) de « structures de plausibilité » religieuses « rigoristes » dans lequel puisent - de manière certes sélective – aussi bien des croyants rigoristes piétistes (notamment salafistes) pour construire leur islamité que des radicaux violents pour la justifier (celles concernant la pureté par exemple).

Cependant, dans un cas comme dans l’autre, ces éléments ne sont qu’un de leurs points d’appui. Notre choix n’implique nullement l’hypothèse du rigorisme comme porte d’entrée vers la radicalisation ; il semble au contraire, dans la très grande majorité des cas, en assurer une protection (Khosrokhavar).

Notre originalité est d’interroger les types d’articulations entre intensités religieuses et (in)transigeantismes, et ce par l’analyse de parcours de vie, de modes de socialisation, de médias religieux (textes et vidéos) ainsi que par une enquête de terrain sur le suivi des « signalés ».


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